USR 3155

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Laboratoire IRAA

Institut de Recherche sur l'Architecture Antique (Antenne de Lyon)

image oiseau MOM

L'édifice de spectacles de type gallo-romain de Drevant

Carmen PALERMO

Sous la direction de J.-Ch. Moretti

Le but de cette recherche est de conduire une étude monographique sur l'édifice de spectacle de type gallo-romain de Drevant. Nous proposons de reprendre l'étude de l'architecture de ce monument en nous appuyant à la fois sur les vestiges et sur la documentation que l'IRAA offre de mettre à notre disposition et en particulier les relevés de l'édifice effectués par l'architecte Myriam Fincker entre 1999 et 2006. 

Drevant est aujourd'hui un petit village en région Centre, dans le département du Cher à environ 5 kilomètres à sud de Saint-Amond-Montrond. L'ancienne Derventum était une agglomération secondaire de la cité des Bituriges Cubi sur la rive droite du Cher.

Dans ce petit village, dont l'emplacement est occupé dès la Préhistoire, plusieurs constructions gallo-romaines ont été découvertes : des thermes, un sanctuaire, des quartiers d'habitation et notre édifice de spectacles.

Celui-ci entre dans la catégorie des édifices de spectacles de type gallo-romain, qui se diffusent dans les Tres Galliae, ainsi qu'en Germanie supérieure et en Bretagne, pendant les premiers siècles de notre ère. Il s'agit de bâtiments qui, par leur morphologie, se différencient des théâtres et des amphithéâtres de type latin et qui semblent mélanger les caractéristiques des deux édifices. Étant donné la grande variété de solutions architecturales, il s'est révélé difficile de définir et de classer ces monuments, et même de trouver un terme spécifique et suffisamment générique pour les désigner tous, d'autant plus que sur les sources anciennes sont muettes à leur sujet.

La destination de ces édifices pose elle même des problèmes : quels spectacles se déroulaient dans ces édifices ? Étaient-ce des spectacles de la scène ou de l'arène ou un gendre de spectacles mixtes ? On s'interroge aussi sur leurs origines et sur les rapports entre ces monuments et les lieux de culte à proximité desquels ils sont souvent érigés.

Malgré le nombre élevé de ces monuments (environ soixante dans les Gaules), deux monographies seulement ont été publiées : celles d'U. Nieffeler sur Lenzburg et celle de F. Dumasy sur Argentomagus (Saint Marcel sur l'Indre). Cette pénurie frêne les progrès de la recherche et empêche un travail de synthèse. C'est pourquoi nous envisageons d'ajouter une pièce à la recherche sur les édifices de type gallo-romain en menant à bien la rédaction d'une monographie sur le théâtre de Drevant.

 Situé sur la rive droite du Cher, à coté du canal de Berry, ce théâtreest bien conservé et a été classé Monument Historique. Édifié entre le ier et le iie s. ap. J.-C., il est de tous temps resté partiellement visible, comme en témoigne un dessin de 1615 de Cl. Chastillon. En 1759, le Comte de Caylus reproduit un dessin de M. Périer et décrit sommairement les monuments de Drevant dans son Recueil des antiquités egyptienne, etrusques, grecques, romaines et gauloises. Sur ce dessin le théâtre semble être dans le même état qu'aujourd'hui.

En 1834, il est partiellement dégagé par M. Hazé, puis il est fouillé par Gustave Mallard entre 1901 et 1906. En 1983, J.-Y. Hugoniot y effectue quelques sondages. À partir de 1999 Ch. Cribellier, conservateur au Service Régional de l’Archéologie de la région Centre, y conduit des fouilles programmées en collaboration avec l'IRAA, et avec Mme Fincker en particulier, dans l'intention de comprendre les phases de construction du monument et de ses abords. Les dernières recherches se sont plus particulièrement concentrées sur le bâtiment de scène et l'orchestra.

Aujourd'hui le monument est presque entièrement visible, sauf la partie nord-est des gradins, qui est couverte par un habitat moderne. La cavea, orientée sud-ouest, était vraisemblablement divisée en trois parties, ima, media et summa cavea. Partiellement adossée à une pente et partiellement soutenue par des substructions voûtées, elle a un diamètre de 85 mètres et la forme d'un arc outrepassé. Des contreforts obliques soutiennent les extrémités de la cavea, qui se révèle donc coupée dans ses gradins supérieurs. Deux passages annulaires et cinq radiaux desservaient les gradins. Le grand nombre de fragments de colonnes et de chapiteaux toscans découverts amène à supposer l'existence d'un portique couronnant les gradins.

L'orchestra/arène, telle qu'elle apparaît aujourd'hui, a une forme circulaire (D : 27 m). Elle est entourée par un mur de podium (ht : 2,60 m), dessinant un arc de cercle de 254°. Ce mur est percé par trois ouvertures menant à trois pièces identifiées comme des pièces de services ou des sacella.

Le bâtiment de scène est connu grâce aux fouilles recentes. Il présente deux états :

1)        Dans le premier état, un mur de fond rectiligne est-ouest ferme au sud l'aire centrale de l'édifice. On a proposé de reconnaître dans ce premier état un édifice destiné aux jeux de l'arène en tenant compte, surtout, de la présence du mur de podium. Mais on ne peut pas exclure une fonction mixte, ou double, en supposant l'aménagement d'une scène en bois par exemple.

2)        Dans un second état, un bâtiment de scène rectangulaire est construit en réutilisant le mur rectiligne. Il est vraisemblable que pendant cette deuxième phase l'édifice a été utilisé comme un théâtre avec une orchestra circulaire surélevée par rapport à l'arène de la première phase et accessible par deux portes latérales.

Comment il ressort de ces analyses, on ne peut pas affirmer ni exclure une utilisation polyfonctionnelle de l'édifice. Nous comptons focaliser notre recherche sur la structure architecturale du monument, en essayant, entre autres, de vérifier ces différentes hypothèses, parce que cette étude « pose en des termes nouveaux la question de la polyvalence de ces édifices gallo-romains et invite à s’intéresser une nouvelle fois à celle des vestiges des “ théâtres-amphithéâtres ” de Gaule ».

 La thèse débouchera sur la publication d'une étude monographique consacrée à l'édifice de spectacle de type gallo-romain de Drevant. Pour aboutir à ce résultat, il convient :

1)        d'abord de rassembler et de mettre à jour la riche documentation existante (c'est à dire, avant tout, les relevés réalisés par Mme Fincker) et, évidemment, d'étudier des vestiges du monument qui comprennent à la fois la ruine en place et plusieurs dizaines de blocs erratiques. Ceux qui comportent une ornementation feront l'objet d'une étude stylistique.

2)        L'analyse de l'édifice conduira à une analyse spatiale, fonctionnelle et métrologique et pourra être accompagnée d'une évaluation de son acoustique, avec la collaboration d'experts de l'École Centrale de Lyon.

3)        L'ensemble débouchera sur une restitution graphique des différentes phases du monument dans sa totalité. Actuellement, nous l'avons indiqué, seule le bâtiment de scène a été l'objet d'une restitution, mais la cavea n'a pas été étudiée alors qu'elle est très bien conservée.

4)        Nous envisageons aussi d'élargir la recherche pour comprendre la place de l'édifice dans la ville et dans son territoire, en cherchant à comprendre, entre autres, quelles relations entretenait le théâtre avec le sanctuaire voisin et quelle était sa place dans le réseau des édifices de spectacles de la région où il se trouve.

5)        Nous développerons enfin des comparaisons du monument de Drevant avec les édifices les plus proches par leur plan, comme, par exemple ceux de Verulamium – Saint Albans ou de Sanxay.

 Cette thèse a ainsi pour finalité de restituer l'histoire du théâtre de Drevant et de faire progresser notre compréhension des édifices de spectacles de type gallo-romain, de la société des spectateurs qui les a fréquenté, des spectacles qu'ils ont reçus et du contexte dans lequel ils ont été construits. Elle s'insère dans le programme “ Les édifices de spectacle ” de l'Institut de Recherche sur l'Architecture Antique de la Maison de l'Orient et de la Méditerranée.

 

Publications

- C. PALERMO, “Edifici per lo spettacolo di tipo gallo-romano”, in « Orizzonti. Rassegna archeologica », XII, 2011, Pisa – Roma, Fabrizio Serra Editore, a cura di LORENZO QUILICI e STEFANIA QUILICI GIGLI, p. 135-142.

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