USR 3155

Suivre l'actualité par flux RSS

Laboratoire IRAA

Institut de Recherche sur l'Architecture Antique (Antenne de Lyon)

image oiseau MOM

Orange

 Le théâtre

Le théâtre d'Orange est le mieux conservé des théâtres romains d'Occident. Après son abandon comme édifice de spectacle, il ne fut que partiellement détruit et largement investi par un habitat qui fut propice à sa conservation. Objet de relevés et d'études scientifiques dès le xve s., il fut progressivement dégagé à partir de 1823. A. Caristie suivit les travaux pour la Commission des Monuments Historiques, tout en préparant une étude conjointe de l'arc et du théâtre. Elle parut en 1856 sous le titre de Monuments antiques à Orange, arc de triomphe et théâtre et reste à ce jour l'ouvrage de référence sur le théâtre. Il contient à la fois une présentation des vestiges, avec des relevés réalisés avant et après les destructions des maisons construites dans le théâtre, et des restitutions dont A. Caristie soulignait le caractère hypothétique.

Les travaux ayant pour finalité la consolidation du monument commencèrent dès l'époque où il fut dégagé et continuèrent dans la seconde moitié du xixe s. À la fin du siècle, les objectifs se modifièrent. Le 21 août 1869 eut lieu pour la première fois une représentation dans le théâtre, devant un public assis sur des gradins de bois montés pour l'occasion et en 1892 la Commission des Monuments Historiques chargea Jean-Camille Formigé de refaire les gradins. Entre 1892 et 1904 ce dernier reconstruisit, conformément à la restitution élaborée par Augustin Caristie, vingt gradins dans l'ima cavea, neuf dans la media cavea et cinq dans la summa cavea, sur une extension limitée. Ces travaux, qui furent diversement appréciés, permirent une meilleure utilisation de l'édifice pour des spectacles modernes et donnèrent une image juste, bien qu'incomplète, de la répartition des gradins et des systèmes de circulation dans la cavea durant l'Antiquité.

En 1920, Jules Formigé succéda à son père et pendant les quarante années durant lesquels il eut la charge du théâtre d'Orange (1920-1960), il ne se contenta pas de consolider et de restaurer le théâtre. Il y dirigea aussi des fouilles et consacra au monument plusieurs articles. C'est sous sa direction que fut fouillée entre 1929 et 1931 la surface occupée par le pulpitum. Il dégagea ainsi des éléments nouveaux du dispositif scénique, dont la fosse du rideau et mis au jour de très nombreux éléments de marbre provenant du front de scène. Ce corpus des blocs de l'ornementation du théâtre fut encore augmenté par plusieurs fouilles qui eurent lieu au nord du théâtre autour de 1950 : rue de la République sous le Bar Palace et à l'emplacement de la chambre forte de la Société Marseillaise de Crédit entre 1949 et 1952, puis, en 1953, rue Segond Weber. Il en résulta un accroissement considérable du nombre de blocs errants provenant du front de scène qui renouvela radicalement les termes dans lesquels on pouvait envisager sa restitution. Au milieu du xixe s., par une analyse du mur de scène et des quelques blocs alors connus de son ornementation, Augustin Caristie avait élaboré une restitution du front de scène qui en faisait connaître le plan et le nombre d'ordres superposés. Un siècle plus tard, il devenait possible, par l'étude de quelque 5000 fragments, de connaître le détail de son ornementation. Jules Formigé n'entreprit pas cette étude, mais il remonta en 1926 quelques colonnes et quelques éléments d'entablement à droite et au-dessus de la porte royale et reconstruisit en 1930 les grands escaliers qui flanquaient la cavea à l'est et à l'ouest. Là, comme dans l'installation de la statue dite d'Auguste dans la niche axiale du front de scène en 1944, on rechercha plus l'effet que la justesse. Des marbres dont les provenances n'étaient pas connues furent associés et fixés avec du ciment et des tiges métalliques. Ces travaux s'accompagnèrent de beaucoup de reconstructions de maçonneries et de l'installation d'un plancher de scène en 1946. Avec ces réalisations, on était loin de la rigueur dont faisait preuve à Orange même un Robert Amy qui, après la seconde guerre mondiale, se vit confier l'étude des vestiges antiques de la ville pour le compte du Service des Monuments Historiques puis du Service d'architecture antique du CNRS. Il profita des échafaudages érigés à l'occasion des différents chantiers de restauration du théâtre pour réaliser des élévations d'une grande partie du mur de scène au 1/20.

En 1998, J.-Ch. Moretti et A. Badie ont repris l'étude du théâtre et ils ont fait par la suite appel à D. Tardy pour l'analyse de l'ornementation architecturale du front de scène et à E. Rosso pour celle de sa décoration figurée. Le travail, qui a permis de fixer à la fin de l'époque augustéenne la date de la première phase de l'édifice et de restituer en détail son front de scène, se poursuivra en 2013 dans le cadre d'un programme triennal (2011-2013) financé par la DRAC PACA et l'IRAA. En 2012 le travail sur l'ornementation du front de scène a bénéficié du soutien financier du programme de recherche sur l'Ornementation architecturale des Gaules (OrAG) financé par l'ANR. M. Fincker et L. Rabatel participent à cette étude.

Bibliographie

Badie A., Moretti J.-Ch., Rosso E., Tardy D., « Pouvoir du théâtre et théâtre du pouvoir. Nouvelles recherches sur le théâtre d'Orange », Archéopages 19 (août 2007), p. 30-33.

Badie A., Moretti J.-Ch., Rosso E., Tardy D., « Le théâtre antique», dans Le théâtre antique d'Orange, Connaissance des Arts, H. S. 197 (2003), p. 4-25 (trad. en anglais, 2003).

Badie A., Moretti J.-Ch., Rosso E., Tardy D., « L’ornementation de la frons scaenae du théâtre d’Orange : L’élévation de la zone centrale », dans T. Nogales, I. Rodà (éds), Roma y las provincias: modelo y difusión, Rome, 2011, p. 193-202.

Badie A., J.-Ch. Moretti, E. Rosso, D. Tardy, « Les plaques aux aigles porteurs de guirlandes du théâtre d'Orange », dans St. Bourdin, J. Dubouloz, E. Rosso (éds), Peupler et habiter l'Italie et le monde romain, Aix-en-Provence, 2014, p. 111-128.

Moretti J.-Ch., A. Badie A. Tardy D., Notice sur le théâtre dans A. Roumégous, Carte archéologique de la Gaule, Orange et sa région, 84/3 (2009), p. 230-243.

Moretti J.-Ch., A. Badie A. Tardy D., « Les fronts de scène en Narbonnaise », dans S. F. Ramallo Asensio, N. Röring (éds), La scaenae frons en la arquitectura teatral romana, Murcie, 2010, p. 137-161.

Chroniques : Archéologie en Vaucluse 37 (décembre 2002), p. 4 ; BSR Provence-Alpes-Côte d'Azur 2001 (2002), p. 190-191 ; 2002 (2003), p. 183-184 ; 2004 (2005), p. 257-258 ; 2005 (2006), p. 215-217 ; 2006 (2007), p. 225-226 ; 2007 (2008), p. 248-249 ; 2008 (2009), p. 226-227 ; 2009 (2010), p 242-243 ; 2010 (2011), p. 232 ; 2011 (2012), p. 228-229.

 

Logo CNRS